Le capex des cinq plus grands groupes technologiques dans les data centers a dépassé les 400 milliards de dollars en 2025, avec encore une hausse de +75 % attendue en 2026 (IEA) — un rythme d'investissement sans précédent dans l'histoire de l'infrastructure numérique. Mais qui alloue du capital réel sait qu'un data center, à lui seul, n'est que le dernier maillon d'une chaîne beaucoup plus longue et beaucoup plus capitalistique. Le capital suit déjà cette chaîne en amont — vers les semi-conducteurs, la robotique, les systèmes autonomes. C'est là que se joue la prochaine phase.

Le signal le plus concret vient des semi-conducteurs, pas du logiciel. TSMC a annoncé en mars 2025 un investissement supplémentaire de 165 milliards de dollars aux États-Unis — trois nouvelles usines, deux sites de packaging avancé, un centre de R&D — décrit comme le plus important engagement d'investissement direct étranger de l'histoire industrielle américaine. Ce n'est pas une annonce isolée : PwC estime que l'investissement mondial dans de nouvelles usines de semi-conducteurs atteindra 1 500 milliards de dollars entre 2024 et 2030, davantage que les vingt années précédentes réunies ; TSMC a, à elle seule, porté ses prévisions de capex 2026 à 52-56 milliards de dollars, contre 40,9 milliards de dollars effectivement dépensés en 2025. C'est du capital qui devient béton, acier, permis de construire, contrats EPC, filière — exactement le type de programme capitalistique qui exige une gouvernance de qualité institutionnelle, pas seulement une conviction sur la thèse.

Le même basculement s'observe dans la robotique et les systèmes autonomes : 27,6 milliards de dollars ont afflué vers le capital-risque dédié à la robotique et à la « physical AI » en 2025, sur plus de 1 000 opérations (PitchBook) — les drones et systèmes autonomes de défense/sécurité constituant à eux seuls le segment le plus important. Plus loin sur le même spectre se trouve le quantum computing : les investissements dans les start-ups quantum-tech sont passés de 2 milliards de dollars en 2024 à 12,6 milliards de dollars en 2025, soit 6,3 fois plus en une seule année (McKinsey), avec un capital privé qui a dépassé pour la première fois le financement public. L'intelligence artificielle, autrement dit, cesse d'être un simple sujet logiciel : elle devient un sujet d'actifs physiques — usines, matériel, machines qui se déplacent et calculent dans le monde réel.

Pour qui lit ces chiffres avec la discipline du CGE Alignment Index — Capital · Gouvernance · Exécution — le constat est clair : plus le capital se déplace vers le matériel et l'infrastructure physique, plus le risque se déplace du financier vers le technique et l'exécutif. Un programme de 165 milliards de dollars d'usines ne se gouverne pas comme un tour de table de capital-risque logiciel : il faut des droits de décision clairs, une supervision d'ingénierie réelle sur le chantier et sur la filière, des boards dotés de pouvoirs effectifs, un reporting de qualité institutionnelle — la même discipline que j'ai appliquée à un programme industriel européen d'environ 1 milliard d'euros — 15 sites d'économie circulaire et de transition énergétique. La thèse sur l'IA fait désormais consensus, dans chaque conseil d'administration. Le rendement, comme toujours dans les actifs réels capitalistiques, se fera dans l'exécution — pas dans la thèse.