Je travaille avec des fonds et des family offices depuis suffisamment longtemps pour avoir vu la même histoire se répéter. Une opération dans la transition énergétique, les infrastructures ou l'économie circulaire qui semble parfaite sur le papier — bonne thèse, bon marché, modèle convaincant — finit par détruire de la valeur. Non parce que le modèle était faux. Non parce que la technologie a déçu. Mais parce que le capital, la gouvernance et l'exécution n'étaient pas alignés. Le risque dans ces opérations n'est pas technique. C'est le désalignement.

Ce premier Capital Bridge Memo présente le framework que j'utilise pour diagnostiquer — et souvent prévenir — ce risque : le CGE Alignment Index.

Le contexte : pourquoi le désalignement compte davantage aujourd'hui

Le signal de 2025 est sans ambiguïté. Selon l'Energy Transition M&A Outlook de DLA Piper, la valeur des fusions-acquisitions dans la transition énergétique a progressé d'environ 20% à ~599 milliards de dollars, tandis que les volumes ont reculé d'environ 15%. Le marché s'est concentré : moins d'opérations, des tickets plus grands, un poids plus élevé par décision, des attentes plus fortes. Dans le même temps, le Global Private Equity Report 2026 de Bain désigne la création de valeur opérationnelle comme premier levier de rendement, devant l'effet de levier financier et l'expansion des multiples. Et avec les principal investors — fonds, family offices, allocataires directs — projetés vers environ 59 000 milliards de dollars d'actifs d'ici 2030 (BCG), la part du capital qui recherche des opérations directes ne fera que croître.

Tout cela signifie une chose concrète : le coût de chaque erreur de gouvernance augmente. Et parce que les familles et les fonds qui investissent directement disposent rarement d'équipes internes dimensionnées pour gouverner des programmes capitalistiques sur des horizons pluriannuels — près de 69% des opérations de family office sont aujourd'hui des club deals ou des co-investissements (PwC/Citi 2025) — la distance structurelle entre ceux qui apportent le capital et ceux qui exécutent est élevée. Les échecs naissent dans cet écart.

Le CGE Alignment Index

Le framework repose sur trois axes diagnostiques, chacun noté de 1 à 5 avant le closing et suivi tout au long de la vie de l'opération.

Axe 1 — C : Capital Alignment (Alignement du capital). Le capital comprend-il vraiment l'actif sur lequel il s'engage ? L'horizon du fonds ou de la famille est-il compatible avec le cycle du programme ? L'appétit pour le risque déclaré correspond-il au risque implicite dans la structure de l'opération ? Un family office qui investit dans un programme de construction de cinq ans avec un horizon mental de trois ans est déjà désaligné à la signature. Capital Alignment mesure la cohérence entre l'intention du capital, la structure de l'opération et la durée de l'exposition.

Axe 2 — G : Governance Architecture (Architecture de gouvernance). Les droits de décision sont-ils définis avec précision — ce qui est réservé à l'investisseur, ce qui est délégué au management ? Le conseil dispose-t-il de pouvoirs réels et des bonnes personnes ? Existe-t-il un système de reporting de qualité institutionnelle qui rend l'exécution visible à temps pour agir ? La gouvernance n'est pas un document juridique : c'est le système nerveux de l'opération. Lorsqu'elle est absente ou cosmétique, chaque retard de construction, chaque dérive de coûts, chaque changement de management devient une crise plutôt qu'une décision.

Axe 3 — E : Execution Oversight (Supervision de l'exécution). Qui supervise l'avancement du programme de construction ? Qui dispose de la compétence technique pour distinguer un retard physiologique d'un signal de crise ? Qui siège entre le conseil et le chantier ? Dans les actifs réels capitalistiques — où le risque est technique avant d'être financier — c'est l'exécution qui décide du rendement. Pas le modèle financier : la montée en charge, les autorisations, les contreparties d'offtake, la chaîne d'approvisionnement.

Le score CGE — somme pondérée des trois axes sur une échelle de 1 à 15 — n'est pas un exercice académique. C'est un instrument de due diligence. Une opération avec CGE ≥ 12 peut avancer en confiance ; entre 8 et 11, un plan de correction est requis avant le closing ; en dessous de 8, c'est un signal de veto ou exige une restructuration radicale. J'ai vu des opérations de plus de 100 millions d'euros bloquer sur un CGE de 6. J'ai vu des opérations apparemment simples prospérer parce que le CGE était à 13.

Application pratique : la transition énergétique en 2025-2026

Je prends le thème sur lequel le capital se concentre le plus en ce moment : infrastructures et stockage dans l'énergie. La thèse fait désormais consensus — et c'est précisément pour cette raison que l'écart de rendement s'est déplacé ailleurs. Avec un marché qui récompense peu d'opérations plus grandes, deux actifs identiques sur le papier divergent en rendement en fonction de leur CGE Score.

Un parc éolien offshore avec un excellent emplacement et des contrats d'offtake solides, mais avec un conseil nominal, un fonds à horizon 5 ans sur un programme de construction de 7 ans, et une équipe d'exécution qui ne rend compte qu'au management local : CGE typique entre 5 et 7. Un programme de stockage industriel avec une gouvernance conçue avant le closing, des droits de décision clairs, un conseil composé d'ingénieurs et d'investisseurs, et un reporting mensuel de qualité institutionnelle : CGE typique entre 11 et 13. Le rendement attendu des deux n'est pas comparable, même si le modèle financier d'entrée le laisserait supposer.

Le diagnostic comme avantage concurrentiel

Le CGE Alignment Index ne remplace pas la due diligence financière ou technique. Il la complète. Dans un marché où le capital n'est pas rare mais où la capacité à gouverner les programmes sur lesquels le capital se concentre l'est, savoir diagnostiquer le désalignement avant qu'il devienne une perte est un avantage concurrentiel mesurable.

C'est la raison pour laquelle j'existe comme pont entre le capital et l'industrie réelle : non pour ajouter une couche bureaucratique, mais pour combler l'écart entre l'intention du capital, l'architecture de gouvernance et la réalité de l'exécution. Un écart qui, en 2025-2026, vaut des milliards.